Beaucoup en ont entendu parler, notamment suite au décès récent de la jeune Maëlle de 17 ans[1]. Le syndrome du choc toxique (SCT), bien que très rare en général[2], évolue pourtant de manière rapide en l’absence de traitement et peut même être fatal.

Mais au fait, le syndrome du choc toxique, c’est quoi ?

Le syndrome du choc toxique est une maladie infectieuse induite par le staphylocoque doré, une bactérie qui produit une toxine (TSST-1) qui va se multiplier à l’intérieur du vagin lors du port d’un dispositif intra-vaginal. Cette bactérie présente naturellement dans le vagin chez 4% des femmes, peut passer dans le sang et en l’empoisonnant, le rendre responsable du choc. Les organes vitaux commencent alors à se gorger de sang au détriment des membres qui ne sont plus assez irrigués, ce qui entraîne un risque de nécrose, d’amputation voire même de décès. Contrairement aux idées reçues, la coupe menstruelle est tout aussi à risque que le port du tampon puisque dans les deux cas, l’élimination du sang est bloquée, ce qui génère un milieu favorable au développement du staphylocoque doré. Ce n’est donc pas le tampon en tant quel tel qui est porteur de la toxine mais bien la bactérie, dont il faut être porteuse pour développer le SCT[3].

Un manque d’informations à destination des femmes…

Il existe un réel manque d’information au sujet du syndrome du choc toxique envers les femmes. En effet, la plupart ne semblent pas au courant des risques encourus car elles n’ont pas le réflexe de lire la notice d’utilisation des tampons, sur laquelle l’explication n’apparaît en plus qu’en petits caractères. D’autres en ont déjà vaguement entendu parler mais sans plus de précisions. En outre, le tabou toujours prégnant autour des règles fait que les jeunes filles apprennent finalement par elles-mêmes ou par leurs pairs à utiliser des protections périodiques[4].

Afin d’améliorer les choses, le comité d’experts spécialisés d’évaluation des risques chimiques liés aux articles et aux produits de consommation (CES) en France recommande : « d’améliorer l’information des femmes sur les bonnes pratiques d’hygiène afin de réduire les risques infectieux au moyen d’une communication institutionnelle […] et d’améliorer l’information des femmes sur le SCT menstruel en favorisant la diffusion des informations sur ce risque via les professionnels de santé ou à travers des campagnes d’information. »[5]

Cela rappelle une fois de plus l’importance de généraliser l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle dès le plus jeune âge. Bénédicte Linard, ministre en charge de la Santé et de l’Enfance en Fédération Wallonie-Bruxelles, souhaite d’ailleurs charger les Services de Promotion de la Santé à l’école de mieux sensibiliser les jeunes filles aux risques du choc toxique et davantage sensibiliser les centres de planning familial et les hôpitaux sur la communication de ces risques[6].

… Et un manque de formation des médecins

Il est cependant frappant de constater que l’entière responsabilité de la survenue de cette infection semble reposer sur les femmes. En effet, diverses recommandations ou alternatives leur sont proposées signifiant implicitement qu’il en va de leur entière responsabilité. Or, comme ce fut également le cas de Maëlle qui s’est rendue assez rapidement aux urgences, il s’agit surtout d’une erreur de diagnostic dans la plupart des cas malheureux ; ce qui ne fait que retarder les soins et augmenter ainsi le risque de décès. Les médecins sont-elles·ils alors suffisamment informé·e·s sur cette infection ?

Au-delà du diagnostic, le tabou qui entoure les règles ne fait que renforcer les mauvaises prises en charge. En effet, c’est un sujet dont on ne parle pas ou peu, ce qui n’encourage pas les médecins à se poser des questions en ce sens. De plus, il semble toujours relativement normal à l’heure actuelle, qu’une femme souffre en période menstruelle, minimisant ainsi l’importance de leur problème de santé.

Par ailleurs, la médecine ne s’empare pas encore suffisamment des questions relatives à la santé des femmes sauf en matière de contrôle de la santé sexuelle et reproductive (dépistage du HIV, diversification des moyens de contraception, suivi de grossesse). Mais paradoxalement, il n’existe que très peu d’avancées sur les traitements relatifs à l’endométriose ou à la prévention du SCT par exemple, car la recherche scientifique ne prend pas en considération l’ampleur du phénomène. Pour exemple, les tampons ne sont pas considérés comme étant des dispositifs médicaux en Europe (contrairement aux préservatifs), ce qui n’implique pas d’obligation de révéler leur composition ou d’informer clairement sur les possibles risques encourus. Des manquements qui ne font que perpétuer plus encore les inégalités de traitement entre femmes et hommes[7].

Quelles mesures de prévention ?

Différentes mesures de prévention ont été publiées par l’ANSES[8]. Parmi elles, citons les principales :

  • Ne pas porter des protections intra-vaginales plus de 4 à 8 heures
  • Se laver les mains avec du savon avant d’insérer la protection et avant de l’enlever
  • En cas d’utilisation d’une coupe menstruelle, la désinfecter[9] avant chaque utilisation afin d’éliminer les éventuelles bactéries
  • Utiliser l’absorption qui correspond aux pertes (la plus petite possible)
  • Ne pas porter de tampons après ou en dehors des règles
  • Privilégier le port de serviettes la nuit

Existe-t-il des alternatives ?

Les alternatives aux tampons et à la coupe menstruelle ne sont malheureusement pas très nombreuses. Il existe les traditionnelles serviettes périodiques, qui ne sont pas toujours fiables ou confortables en cas de flux abondants.

La culotte menstruelle (dans la même idée que les serviettes lavables) a fait son apparition récemment avec des promesses écologiques et saines puisqu’elle est lavable, serait ultra-absorbante et protégerait surtout du SCT. Cependant, il en faudrait entre 3 et 6 en période de règles et une culotte coûte entre 30 et 40 euros. Un budget conséquent donc, sans certitude de confort et d’efficacité…[15]

Pouvons-nous aspirer à la naissance d’un nouveau moyen de protection hygiénique 100% sain et 100% fiable ? Pouvons-nous aspirer à une prise de conscience de la part du politique que la santé des femmes n’est pas secondaire ? Et que celle-ci passe, entre autres, par une réflexion sur l’accessibilité sous tous ces aspects, aux moyens de protections et à des installations sanitaires pour toutes ? Tous les espoirs sont permis !

[1] Plus d’informations : https://www.lalibre.be/planete/sante/maelle-une-belge-de-17-ans-decede-a-cause-d-un-tampon-hygienique-5e1b6d6c9978e272f9c55ec8

[2] Seuls 5 cas sont rapportés en moyenne par an en Belgique

[3] Alice Augustin, «  Syndrome du choc toxique : la coupe menstruelle aussi dangereuse que le tampon », ELLE, 7 février 2020, https://www.elle.fr/Societe/News/Syndrome-du-choc-toxique-la-coupe-menstruelle-aussi-dangereuse-que-le-tampon-3846524 (consulté le 18 février 2020)

[4] Camille Wernaers, « Choc toxique de Maëlle : les femmes trop souvent sous-diagnostiquées », RTBF, 16 janvier 2020, https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_choc-toxique-de-maelle-les-femmes-trop-souvent-sous-diagnostiquees?id=10409210 (page consultée le 18 février 2020)

[5] Avis révisé de l’ANSES (Agence Nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) – Rapport révisé d’expertise collective, https://www.anses.fr/fr/system/files/CONSO2016SA0108Ra.pdf , pp. 13-14

[6] BELGA, « Syndrome du Choc Toxique provoqué par un tampon : la ministre Linard veut agir», Le Soir, 15 janvier 2020, https://www.lesoir.be/273169/article/2020-01-15/syndrome-du-choc-toxique-provoque-par-un-tampon-la-ministre-linard-veut-agir (page consultée le 19 février 2020)

[7] Camille Wernaers, Op. Cit.

[8] Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[9] L’ANSES précise que : « Un simple lavage à l’eau ne suffit pas pour éliminer les éventuelles bactéries présentes dans le vagin et pouvant contaminer la coupe menstruelle ». Ainsi, il est recommandé de laver la coupe menstruelle à l’aide d’un savon doux et de la stériliser si possible le matin et le soir en la plongeant quelques minutes dans de l’eau chaude.

[10] Pour plus d’informations au sujet de la lutte contre la précarité menstruelle, vous pouvez consulter le site du collectif BruZelle : https://www.bruzelle.be/fr/?fbclid=IwAR2KzccBqnQwqMtIIzUbOfLk62dNTd13CzyEiAGlvM0v3NfNmvym5HfeDHk  Egalement une action de récolte de protections périodique de BruZelle en partenariat avec le Centre de Planning Familial Rosa de Bruxelles : https://www.facebook.com/fcpf.fps/photos/rpp.439643339483524/2718290101618825/?type=3&theater

[11] RTBF Op. Cit.

[13] Mémorandum 2019 des FPS et de la FCPF-FPS, https://www.planningsfps.be/wp-content/uploads/2019/03/m%C3%A9morandum-commun-FCPF-FPS-et-FPS.pdf , p. 49

[14] On estime que le budget d’une femme pour les protections périodiques se situe entre 5 et 15 euros par mois

[15] DH, «Décès de Maëlle suite à un choc toxique : quelles sont les alternatives aux tampons ? »,  13 janvier 2020, https://www.dhnet.be/actu/sante/deces-de-maelle-suite-a-un-choc-toxique-quelles-sont-les-alternatives-aux-tampons-5e1c68d3f20d5a253a9cc1ba (page consultée le 18 février 2020)

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Pour davantage d’informations sur la vie relationnelle, affective et sexuelle, consultez notre dossier thématique « EVRAS ».

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