Il y a dix ans, le 26 juin 2012, l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) entrait enfin dans les missions obligatoires de l’enseignement fondamental et secondaire. Dix ans plus tard, la généralisation de l’EVRAS n’est toujours pas effective malgré l’objectif politique affiché dans un Protocole d’accord signé en 2013. La Plateforme EVRAS plaide plus que jamais pour que chaque jeune en obligation scolaire bénéficie d’animations EVRAS tout au long de sa scolarité, avec l’objectif de vivre de manière autonome et responsable sa vie relationnelle, affective et sexuelle.

Aujourd’hui, après une pandémie et des mesures de confinement qui ont éprouvé les jeunes, les chiffres qui les concernent sont alarmants, notamment au regard de l’augmentation des tentatives de suicide [1]. Au-delà des chiffres, le constat des professionnel.le.s de la santé mentale est unanime : notre jeunesse souffre [2]. Et comme nous l’évoquions en septembre 2021 avec une trentaine de pédopsychiatres et psychologues pour enfants, la généralisation de l’EVRAS sera un des leviers principaux, nécessaires et indispensables pour favoriser le bien-être des enfants et des jeunes, dans ses dimensions relationnelles, affectives et sexuelles [3]. Pourtant, selon les données disponibles pour Bruxelles, seul.e.s 10,62% des élèves ont bénéficié d’au moins une animation EVRAS en 2018-2019. Ce chiffre tombe à 4,55% en période Covid !

À cet égard, la Plateforme recommande aux ministres et gouvernements concerné.e.s :

  • de finaliser au plus vite la réécriture du Protocole d’accord afin qu’un texte adapté aux nouvelles réalités sociales et sociologiques pose le cadre de la généralisation de l’EVRAS ;
  • de labelliser les acteurs et actrices de l’EVRAS afin que les informations diffusées en milieu scolaire favorisent les choix libres et éclairés des élèves ;
  • de prévoir le financement d’une généralisation de l’EVRAS en se basant sur la projection développée par le Département d’Economie appliquée de l’ULB [4];
  • de réaliser un cadastre précis relevant l’ensemble des initiatives en EVRAS en milieu scolaire, sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
  • de s’appuyer sur le travail de terrain et les productions des Stratégies Concertées EVRAS (Guide pour l’EVRAS, recommandations des enfants et jeunes, état des lieux des acteurs et actrices de l’EVRAS scolaire).

En tant que membres de la Plateforme EVRAS, nous saluons l’initiative du travail mené actuellement par les ministres compétent.e.s et nous plaidons pour que cette volonté politique perdure. Nous tenons également à rappeler l’urgence de la situation et la nécessité d’avancer concrètement dans la généralisation de l’EVRAS. En effet, si les animations EVRAS et l’ensemble du travail mené par les acteurs et actrices de terrain (travail des Stratégies Concertées EVRAS, campagne de sensibilisation à l’EVRAS à destination des parents [5], outils pédagogiques…) favorisent la bonne santé mentale des jeunes, leur mise en œuvre est toutefois grandement conditionnée par la volonté politique et l’importance des moyens que les gouvernements sont prêts à leur octroyer de manière structurelle.

Dans la lutte contre le harcèlement, le sexisme, les violences sexuelles, les inégalités de genre, les violences et les discriminations à l’égard des personnes LGBTQIA+, les inégalités sociales de santé…, la généralisation effective de l’EVRAS doit rassembler toutes celles et ceux qui travaillent dans l’intérêt des enfants et des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles pour que la généralisation de l’EVRAS soit une réalité aujourd’hui, et non demain.

Quelques chiffres :

  • Une enquête au niveau européen montre que 47 % des femmes belges ont été victimes d’une forme marquée de harcèlement sexuel au moins une fois dans leur vie. Un tiers d’entre elles l’ont été dans le cadre professionnel[6] ;
  • Au moins 91% des femmes belges ont déjà été harcelées dans la rue[7];
  • 1 femme belge sur 5 a été violée[8];
  • On compte au moins 22 féminicides en Belgique en 2021[9];
  • 80% des personnes homosexuelles et trans affirment avoir déjà été exposées à une forme de violence sexuelle[10];
  • La transmission des IST est en forte augmentation[11].

Selon un sondage d’Amnesty International (2020)[12]:

  • 1/3 des jeunes belges pensent qu’il est normal d’insister pour avoir des rapports sexuels, et que si une personne ne dit pas explicitement « non », cela ne peut pas être un viol ;
  • 1/4 des jeunes pensent également que si l’autre n’est pas sûr·e de savoir ce qu’elle·il veut, cela veut dire qu’elle·il est d’accord ;
  • 1/5 des garçons pensent qu’ils ne peuvent pas être accusés de viol au sein d’un couple s’ils ont imposé une relation sexuelle ;
  • 48% des hommes et 37% des femmes estiment qu’une victime peut être en partie responsable de son agression, notamment si la victime portait des vêtements jugés « sexy », n’a pas dit explicitement non, s’est rendue volontairement chez son violeur ou a eu un comportement « provocant ».

Pour la Plateforme EVRAS,

Amnesty ; Arc-en-Ciel Wallonie ; Centre d’Action Laïque (CAL) ; Centre Régional du Libre Examen ; CHEFF (Fédération des jeunes LGBTQI) ; FCPF- FPS (Fédération des Centres de planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes) ; Comité Belge Ni Putes ni Soumises ; FCPC (Fédération des Centres de Planning et de Consultations) ; FCPPF (Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial) ; FLCPF (Fédération Laïque des Centres de Planning Familial) ; Latitude Jeunes ; O’YES (Organization for Youth Education & Sexuality) ; Plateforme Prévention Sida ; Université des femmes.

Plus d’info ? Lionel Rubin – 0477/199-688 – lionel.rubin@laicite.net

[1] https://www.belgiqueenbonnesante.be/fr/etat-de-sante/sante-mentale/comportements-suicidaires : « pendant la crise du COVID-19, les pensées suicidaires et les tentatives de suicide ont augmenté dans la population. En juin 2021, un jeune sur 6 (18-29 ans) a déclaré avoir sérieusement envisagé le suicide au cours des 12 derniers mois ».

[2] https://www.unicef.be/fr/news/rapport-la-situation-des-enfants-dans-le-monde-2021

[3] https://www.lesoir.be/396709/article/2021-09-24/carte-blanche-levras-doit-retrouver-la-place-quelle-merite-dans-lenseignement

[4] « Généralisation de la politique de l’Education à la Vie Relationnelle Affective et Sexuelle (EVRAS) à Bruxelles : analyse et projection budgétaire », Duchêne, C., Fontaine. & M, Tojerow, I., en collaboration avec Godin, I., Lannoo, A. (Ecole de Santé Publique, ULB), Mission d’étude pour la Cocof, 2021, 2 juin 2021.

[5] https://www.parent.evras.be/?rp=yes

[6] L’enquête de la European Union Agency for Fundamental Rights « Violence against women, a EU-wide survey »

[7] https://www.rtbf.be/article/cela-arrive-presque-tous-les-jours-le-harcelement-de-rue-reste-fort-present-en-belgique-10787786

[8] Sondage Amnesty international : https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/belgique-sondage-indique-violences-sexuelles-touchent-jeunes

[9] https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/01/04/vingt-deux-feminicides-en-2021-emprise-jalousie-et-cles-pour-en-finir-IJPKSEQ6JVD6RERPQ3LQQCH2SU/

[10] Étude : depuis 2017, l’axe « études & évaluations » d’ESPRIst ULiège travaille en collaboration avec l’Université de Gand (ICRH, IRCP), l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie (INCC), l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) et Respects Seniors sur une étude nationale portant sur la compréhension des mécanismes, nature, magnitude et impact de la violence sexuelle en Belgique.

[11] https://www.sciensano.be/sites/default/files/report_sti_sciensano_1719_fr.pdf

[12] https://www.amnesty.be/campagne/droits-femmes/viol/article/sondage-viol-chiffres-2020 

Y aller

Pour davantage d’informations sur la vie relationnelle, affective et sexuelle, consultez notre dossier thématique « EVRAS ».

Y aller