Les mutilations génitales féminines (MGF)2019-04-25T15:10:10+01:00

Les mutilations génitales féminines : des informations complètes et pratiques pour mieux la comprendre, l’appréhender et y faire face

Qu’est-ce que les mutilations génitales féminines (MGF) ? Qu’entend-on par excision ?

Cette page a pour objectif d’offrir à la fois des informations générales sur les différents types mutilations génitales féminines, mais aussi des informations pratiques. Vous trouverez les contacts de différents services d’aide et d’associations qui existent en Belgique pour soutenir les victimes de mutilations génitales féminines.

Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent une violation de plusieurs droits fondamentaux des filles et des femmes :

  • ​Le droit à la vie ;
  • Le droit de ne pas être soumis à des tortures ;
  • Le droit à l’intégrité physique ;
  • Le droit de ne pas subir des traitements cruels, inhumains et dégradants ;
  • Le droit à la santé ;
  • Le droit à la non-discrimination.

Elles reflètent une profonde inégalité entre les sexes. L’OMS les définit comme étant « toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non-thérapeutiques ».

En d’autres termes, ces interventions endommagent et blessent intentionnellement les organes sexuels externes de la femme pour des raisons non-médicales. La forme la plus connue de mutilation génitale féminine est l’excision, mais ce n’est que l’un des 4 types de MGF classées par l’OMS​ :

  • ​Le type 1 ou clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du capuchon du clitoris ;
  • Le type 2 ou excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent l’orifice vaginal) ;
  • Le type 3 ou infibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris ;
  • Le type 4 – non classées : toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins pratiquées à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux ;

Le type de MGF pratiquée varie selon le pays et l’ethnie d’origine.

Qui est concerné ?

Selon l’Unicef, dans le monde, environ 200 millions de filles et de femmes ont subi à un moment de leur vie une forme de mutilation génitale. Cette pratique existe dans 33 pays, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie (Indonésie). Quelques pays d’Amérique du Sud (le Panama, la Colombie et le Pérou) connaissent aussi la pratique des MGF. La moitié des victimes se concentrent en Indonésie, en Égypte et en Éthiopie.

L’excision (type 2) est principalement pratiquée en Afrique de l’Ouest. L’infibulation (type 3) est pratiquée dans la Corne de l’Afrique (Érythrée, Djibouti, Éthiopie, Somalie), en Égypte, au Soudan et dans le sud de la péninsule arabique. En Égypte, au Mali, au Nigéria et au Sénégal, on retrouve la pratique de l’excision et celle de l’infibulation.

Et en Europe…

Il est inexact de penser que le phénomène des MGF ne concerne pas les Européens. Des personnes pratiquant l’excision sont aussi arrivées en Europe lors des vagues d’immigration. Les familles qui vivent en Europe peuvent donc soit faire appel à un(e) exciseur(euse) local(e), soit profiter d’un retour au pays lors des vacances. La problématique des MGF est aussi présente en Belgique. Selon une étude de prévalence du SPF Santé Publique, plus de 13.000 femmes excisées vivent en Belgique et plus de 4.000 petites filles sont considérées comme « à risque ».

Les victimes de MGF qui résident en Belgique proviennent majoritairement de Guinée, de Somalie et d’Égypte. Ce sont, pour la plupart, des femmes issues de l’immigration, venues en Belgique pour demander l’asile pour des raisons politiques, pour fuir des violences liées au genre, des mariages forcés et/ou des excisions.

Quel âge ont les victimes d’excision ?

L’âge auquel l’excision est pratiquée varie selon le pays et l’ethnie d’origine : avant 1 an, pendant l’enfance, en vue du mariage, etc. Une femme peut être excisée plusieurs fois à différents degrés et à tout âge. Toutefois, dans la plupart des cas, les MGF sont pratiquées sur des jeunes filles entre 4 et 12 ans. Étant donné que les MGF sont majoritairement pratiquées sur des filles mineures, elles constituent une violation des droits de l’enfant.

À l’origine, les MGF étaient pratiquées à la puberté, en guise de rite initiatique lié au passage à l’âge adulte. Désormais, dans de nombreuses ethnies, on constate un abaissement de l’âge de l’excision. Cela signifie qu’il ne s’agit plus d’un rite initiatique lié au passage à l’âge adulte mais bien d’un rite identitaire pratiqué dans le but d’être accepté par la société. Les filles s’y soumettent pour appartenir au groupe.

La pression sociale qui entoure la pratique des MGF est importante. La jeune fille/femme non-excisée sera considérée par son entourage comme impure. Toute personne non-excisée peut se retrouver confrontée au harcèlement, à la discrimination, à l’exclusion d’événements communautaires importants. En respectant les traditions, les familles souhaitent protéger leurs filles (et le reste de la famille) de la honte, de l’isolement et de l’exclusion sociale.

Qui pratique l’excision ?

La personne qui exécute l’excision varie selon le pays et l’ethnie d’origine. Généralement, ce sont les femmes issues de la famille proche de la fille qui se chargent d’organiser les MGF. L’intervention elle-même est bien souvent pratiquée par des exciseuses traditionnelles qui tiennent généralement un rôle central dans les communautés. Pour ces exciseuses, les MGF peuvent constituer une source de revenus et de reconnaissance sociale.

En cas de pratique de MGF, généralement, aucune explication n’est donnée à la fillette ou à l’adolescente sur ce qu’elle va endurer. Aucune préparation n’est permise. Dans la plupart des cas, l’opération est effectuée sans anesthésie. Des outils tranchants comme un couteau, une lame de rasoir, un morceau de verre sont utilisés pour effectuer l’excision. Pour une infibulation, la plaie sera recousue à vif avec du gros fil non-stérile (ex. : en Somalie, on utilise des épines d’acacia pour recoudre la plaie) ou avec tout autre matériel collant.

Dans certains pays, notamment en Égypte, au Kenya et au Soudan, la pratique des MGF a été médicalisée. Les excisions sont pratiquées par des professionnel(le)s de la santé (médecins, sages-femmes, infirmiers-ères), parfois en milieu hospitalier. Selon l’OMS, on estime à 18% la proportion des MGF pratiquées par des professionnel-le-s de la santé, qui ont recours aux anesthésiques et aux ciseaux chirurgicaux. Mais, une MGF médicalisée n’épargne pas la femme de risques immédiats sur sa santé physique et psychologique et ne réduit pas les risques sur sa santé à long terme. De plus, la médicalisation renforce la pratique en lui accordant une certaine légitimité en tant que dispositif de santé. Là est le danger.

L’infibulation rend tout rapport sexuel impossible. En cas de rapport sexuel, la cicatrice doit donc être incisée. Dans le pays d’origine, c’est une accoucheuse traditionnelle ou le mari qui incise la femme avec un instrument tranchant le jour des noces. Dans le meilleur des cas, cette « désinfibulation » est réalisée à l’hôpital. Dans d’autres cas, le mari déchire petit à petit sa nouvelle épouse. Cette pratique est encouragée dans le but que l’homme prouve sa virilité (un rapport sexuel complet n’est parfois possible qu’à la suite de nombreuses tentatives sans succès). Après chaque accouchement, le sexe de la femme est généralement recousu (c’est ce qu’on appelle la ré-infibulation).

Quelles conséquences sur la santé ?

Les mutilations génitales féminines (consistant à retirer ou endommager des parties génitales saines) ne présentent aucun avantage pour les femmes et les filles. Les conséquences sur leur santé peuvent être nombreuses et très graves, aussi bien sur le plan physique, psychologique que sexuel.

Pour pratiquer les MGF, les exciseuses traditionnelles utilisent divers outils tranchants, comme des lames de rasoir ou encore des couteaux et généralement, la femme ou la fille n’est pas anesthésiée. Sur le plan physique, la première conséquence immédiate est une douleur si forte qu’elle peut engendrer une perte de connaissance.

D’autres complications physiques immédiates peuvent survenir :

  • ​Une hémorragie, autrement dit une perte de sang excessive ;
  • Une anémie sévère due à la perte de sang entraînant une fatigue extrême ;
  • Des difficultés pour uriner ;
  • Des risques d’infections ;
  • Tout cela pouvant entraîner la mort.

Les MGF peuvent aussi être la cause d’autres complications à long terme :

  • ​La nécessité d’une intervention chirurgicale pour réparer les séquelles (kystes, abcès, cicatrices douloureuses,…) ;
  • Des problèmes urinaires et menstruels ;
  • Des douleurs lors des rapports sexuels et une mauvaise qualité de la vie sexuelle ;
  • Des douleurs chroniques ;
  • Des infections vaginales et urinaires à répétition.

Subir une MGF a également de lourdes conséquences au niveau psychologique, comme :

  • ​La stupeur, la sidération, l’effroi, l’horreur ;
  • Le sentiment de trahison (avec rupture de la confiance placée en les êtres aimés qui peut se généraliser à toute autre personne), d’incompréhension, de non-sens ;
  • L’anxiété ;
  • La dépression ;
  • Le repli sur soi ;
  • La perte d’estime de soi ;
  • Le stress post-traumatique ;
  • L’impact sur l’image de soi.

Quelles solutions chirurgicales pour les femmes excisées vivant en Belgique ?

La désinfibulation

En Belgique, il existe la « désinfibulation chirurgicale » qui vise à restaurer l’ouverture vulvaire des femmes excisées et/ou infibulées. En d’autres termes, il s’agit de la séparation de manière chirurgicale et sous anesthésie des grandes lèvres ou petites lèvres qui se sont soudées lors de l’excision ou infibulation (l’exciseuse utilise du gros fils ou des épines d’acacia pour rapprocher les lèvres). La désinfibulation est remboursée par l’INAMI. La désinfibulation permet l’écoulement de l’urine et des menstruations, de manière fluide et sans obstacle.

La désinfibulation suffit souvent à améliorer la vie sexuelle des femmes car les rapports sexuels sont plus faciles. Il arrive également que l’on découvre un clitoris intact lors de la désinfibulation. La reconstruction du clitoris ne doit donc pas être proposée en première intention chez les femmes infibulées.

Attention, la désinfibulation chirurgicale ne doit pas être confondue avec la « désinfibulation traditionnelle » qui est le fait de rouvrir le sexe de la femme à l’aide d’un objet tranchant sans anesthésie, souvent par l’exciseuse elle-même. Cette ouverture est pratiquée pour que la femme soit prête pour la pénétration du sexe de l’homme ou pour l’accouchement.

La reconstruction du clitoris

L’excision touche la partie visible du clitoris mais pas sa partie interne. Cette partie mesure jusqu’à 8 centimètres. La reconstruction du clitoris permet de construire un néo-gland clitoridien en utilisant la partie interne du clitoris qui n’a pas été touchée lors de l’excision. L’intervention peut ne pas être possible si l’excision est très profonde et que le moignon du clitoris est trop court pour être extériorisé.

Le centre CeMAVIE de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles et la nouvelle unité de l’UZ Gent sont les deux centres belges agréés par l’INAMI/RIZIV pour la reconstruction du clitoris. Ces deux services proposent un accompagnement multidisciplinaire psycho-sexo-médical. La reconstruction du clitoris fait partie d’un processus thérapeutique large avec pour objectif qu’à la fin de ce processus, la femme excisée puisse reprendre le contrôle de son corps et de sa sexualité. La grande partie des femmes qui demandent l’intervention exprime le souhait d’être entières, de décider pour elles-mêmes, de retrouver leur intégrité physique et ce qu’on leur a volé. Certaines femmes peuvent renoncer à la chirurgie, car parfois la reconstruction psychique suite au travail thérapeutique est suffisante.

Les deux centres agréés prévoient cinq consultations pré-opératoires au minimum dans le but de s’assurer que la femme demandeuse d’une reconstruction du clitoris ait pris le temps nécessaire pour y réfléchir. Il arrive que l’équipe soignante conseille à la femme un suivi psychologique et sexologique de plusieurs séances avant l’intervention pour préparer au mieux l’intervention et s’assurer que d’autres traumatismes comme un viol, un mariage forcé, de la violence intra-familiale ont pu être verbalisés et pris en charge. Tous les soins sont gratuits pour les femmes qui bénéficient d’une mutuelle.

Pour les femmes demandeuses d’asile, le suivi psy et médical est couvert par les réquisitoires, ainsi que les opérations chirurgicales tels que la désinfibulation ou l’excision d’un kyste.

Pour information, le réquisitoire​ est un moyen de paiement octroyé par le CPAS (Centre Public d’Action Sociale) à l’usager, avec lequel l’usager obtient gratuitement des soins, tout en offrant au prestataire de soins la garantie de paiement par le CPAS.

La reconstruction du clitoris ne sera réalisée qu’une fois le statut de réfugiée obtenu afin d’assurer un suivi post-opératoire optimal et un remboursement des soins par l’INAMI/RIZIV.

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