Une première initiative de l’exécutif en Argentine

Nouvelle avancée dans l’histoire de l’Argentine. Après des années de lutte et d’indignation de la part de la population, les député·e·s argentin·e·s ont enfin voté la légalisation de l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse ce 11 décembre 2020[1]. Ce 30 décembre 2020, le Sénat a donné son feu vert, ce qui officialise l’adoption de la loi. Une précision essentielle puisqu’en 2018, le Sénat avait rejeté cette proposition pourtant votée par les député·e·s[2].

Ce projet de loi est porté par le Président péroniste[3] Alberto Fernandez et par le Gouvernement. Si c’est la neuvième fois qu’un projet de loi sur l’IVG est déposé devant le Parlement, c’est en tout cas la première fois que l’initiative provient de l’exécutif[4]. Il s’agit d’une avancée considérable dans ce pays ultra-conservateur. Actuellement, l’IVG n’est autorisé qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. C’est donc un enjeu de santé publique, de justice sociale et de droits humains. Alberto Fernandez l’a lui-même reconnu : « la criminalisation de l’avortement n’a servi à rien[5]». Chaque année, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins ont lieu en Argentine et on dénombre 38 000 hospitalisations pour complications lors de ces interventions[6].

Marche arrière en Pologne

Autre réalité du côté de la Pologne. Depuis le mois d’octobre 2020, des manifestant·e·s envahissent les rues afin de faire entendre leur voix. Les citoyen·ne·s protestent contre un arrêt du Tribunal Constitutionnel[7] qui impose une interdiction quasi totale de l’avortement dans le pays[8].

Il faut dire que la législation en terme d’avortement est l’une des plus strictes en Europe. Selon la loi datant de 1993, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol, d’inceste, lorsque la vie de la mère est en danger ou en cas de malformation grave du fœtus. C’est justement cette dernière disposition que la Cour Constitutionnelle a décidé de proscrire en octobre dernier, avançant qu’elle est incompatible avec la Constitution polonaise. Ici, même constat qu’en Argentine, puisque les organisations féministes estiment qu’environ 200 000 avortement clandestins sont réalisés ou effectués à l’étranger chaque année[9].

La légalisation de l’avortement dans le monde : loin d’être gagnée

En 2020, l’IVG est encore totalement interdite dans une quinzaine de pays, particulièrement en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Pour de nombreux autres pays (souvent conservateurs et/ou de tradition catholique), les conditions extrêmement restrictives empêchent bien souvent les femmes d’avorter dans de bonnes conditions et les poussent à le faire clandestinement ou à se rendre à l’étranger avec les conséquences sanitaires[10] et financières que cela engendre[11]. Enfin, même quand l’avortement est légal, le tabou et la culpabilisation autour du choix des femmes désireuses d’interrompre leur grossesse restent présents.

Les droits des femmes ne sont jamais acquis et sans cesse remis en cause comme le prouvent les attaques répétées, les reculs législatifs et les jeux politiques que ce soit en Belgique ou partout ailleurs dans le monde. Ce contrôle exercé sur le corps des femmes constitue une forme de violence inadmissible ! La route est encore longue…

[1] Le projet de loi prévoit toutefois une objection de conscience pour les professionnel·le·s de santé qui refuseraient de pratiquer une IVG. Elles·ils doivent par contre réorienter la patiente.

[2] AFP, « Argentine : les députés légalisent l’avortement, la parole aux sénateurs », LA LIBRE, 11 décembre 2020, https://www.lalibre.be/dernieres-depeches/afp/argentine-les-deputes-legalisent-l-avortement-la-parole-aux-senateurs-5fd3da4a9978e227df0321f4 (Consulté le 14 décembre 2020).

[3] Le péronisme est un mouvement politique populiste et nationaliste. Il a participé à la construction nationale de l’Argentine.

[4] « Argentine : les députés adoptent le projet de loi sur la légalisation de l’avortement », DEMOTIVATEUR, 13 décembre 2020, https://www.demotivateur.fr/article/argentine-les-deputes-approuvent-la-legalisation-de-l-ivg-23404 (Consulté le 14 décembre 2020).

[5] FRANCE 24, « En Argentine, le droit à l’avortement retourne devant le Parlement », 18 novembre 2020, https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20201118-en-argentine-le-droit-%C3%A0-l-avortement-retourne-devant-parlement (Consulté le 14 décembre 2020).

[6] AFP, « Argentine : les députés légalisent l’avortement, la parole aux sénateurs », op. cit.

[7] Le Tribunal constitutionnel a été réformé par le parti ultra-catholique nationaliste Droit et justice (PiS) actuellement au pouvoir.

[8] TV5MONDE et l’AFP, « Mobilisation pour le droit à l’avortement en Pologne : plus qu’un combat, une « révolution », le 4 décembre 2020, https://information.tv5monde.com/terriennes/mobilisation-pour-le-droit-l-avortement-en-pologne-plus-qu-un-combat-une-revolution (Consulté le 14 décembre).

[9] Le MONDE et l’AFP, « Nouvelle manifestation contre l’interdiction de l’avortement en Pologne », 13 décembre 2020, https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/13/nouvelle-manifestation-contre-l-interdiction-de-l-avortement-en-pologne_6063242_3210.html (Consulté le 22 décembre 2020).

[10] Il peut s’agir de saignements abondants, de douleurs, d’infections, de perforation de l’utérus, de lésions de l’appareil génital. Certaines femmes perdent encore la vie ou gardent des séquelles à long terme.

[11] AFP, « Accès à l’avortement. Où en est-on dans le monde ? », OUEST-FRANCE, 22 octobre 2020, https://www.ouest-france.fr/societe/famille/avortement/acces-a-l-avortement-ou-en-est-on-dans-le-monde-7025862 (Consulté le 22 décembre 2020).

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