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Analyse contextuelle sur la pilule du lendemain

Au Honduras, une loi s’apprête à être votée pour condamner pénalement les femmes qui utilisent la pilule du lendemain. Les femmes qui y auraient recourt seraient susceptibles d’aller en prison.

Ce genre d’actualité, de retour en arrière sur les droits des femmes de disposer librement de leur corps, est malheureusement courant quand on travaille la question de l’avortement. De nombreux pays dans le monde condamnent en effet les femmes qui avortent et le personnel médical qui les accompagne dans ce choix. Même en Europe l’avortement reste interdit dans 4 pays et devient de plus de plus inaccessible dans d’autres.

La pilule du lendemain subit généralement moins d’attaques directes. Le Honduras deviendrait même tristement le premier pays à l’interdire si ce vote est validé. D’où la nécessité de se mobiliser en solidarité et pour ne pas créer de précédents: http://www.avaaz.org/fr/no_prison_for_contraception_fr/?fpla

En Belgique, la pilule du lendemain est autorisée et semble bien connue du tout public. Est-elle réellement identifiée par toutes les tranches de la population ? Est-elle facilement accessible à toutes les femmes ? Est-elle intégrée dans une information complète sur la sexualité et la prévention des grossesses non désirées ?

Pilule du lendemain : pourquoi, quand?

Commençons par quelques informations de santé publique (plus d'informations ici). La pilule du lendemain, aussi appelée « contraception d’urgence », est une pilule qui peut être prise dans les 72h après un rapport à risque afin de bloquer une éventuelle ovulation. Son efficacité est optimale dans les 24 premières heures (95% d’efficacité) et décline par la suite.

Comme il s’agit d’un acte de prévention des grossesses non désirées, on entend ici par «rapport à risque » un rapport sexuel (entre un homme et une femme) non protégé ou avec un échec dans la protection (oubli de pilule, préservatif déchiré…).

Au niveau des effets secondaires éventuels, ceux-ci sont faibles et de courte durée.

Quelles mesures d'accessibilité existent pour le tout public?

La pilule du lendemain est délivrée sans ordonnance en pharmacie, elle coûte environ 10€ et n’est actuellement pas remboursée. Elle est gratuite dans tous les centres de planning familial (Wallonie et Bruxelles). Toutefois, les centres ne sont pas ouverts 7jours/7 et 24h/24 comme les pharmacies de garde, ce qui peut être frein à l’accès puisque la pilule est surtout efficace dans les 24h suivant le rapport à risque.

L’accessibilité se mesure aussi en fonction de la connaissance des publics cibles. Plus simplement dit, si les femmes ne connaissent pas l’existence de la pilule du lendemain (ou de façon très distante) elles n’auront pas le réflexe de la demander et donc pas d’accès à celle-ci.

Or, il semblerait que les femmes de plus de 30 ans sont moins familières de ce médicament que les 15-30 ans qui ont pu bénéficier de campagnes d’information ciblées, de sensibilisations scolaires ou autres.

Il est presque impossible d’avoir des chiffres de « consommation » par tranche d'âge de la pilule du lendemain en pharmacie puisque l’ordonnance n’étant pas nécessaire, la carte sis (et donc l’âge) de la patiente ne sont pas demandés.

Toutefois, nous pouvons déjà remarquer que dans les cpf, les femmes de plus de 30 ans ne représentent que 6.7% des femmes qui la demandent (alors qu’elles représentent par exemple 37% des femmes qui demandent une IVG).

De plus, via un sondage sur internet (diffusé sur le site FPS, mutsoc.be, facebook, …), nous avons interrogé des femmes sur la pilule du lendemain afin d’obtenir des « tendances ». 92,6% des répondantes de plus de 30 ans la connaissent (ce qui est déjà énorme) mais moins que les 99% des 15-30 ans. Si l’on creuse leur connaissance en termes d’accessibilité on s’aperçoit que seules 52% pensent pouvoir la trouver en pharmacie sans ordonnance, alors que 86% des jeunes connaissent cette information.

La prise d'une pilule du lendemain, un acte responsable?

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas » Blaise Pascal[1]

Dans notre sondage, on voyait que la "honte de demander la pilule du lendemain" était un frein pour 18% des femmes. Nos centres de planning familial ont également souligné cette gène, notamment de la part des femmes de plus de 30 ans.

Nous savons toutes et tous que la sexualité n'est pas une science exacte! Elle est profondément humaine et donc faillible. Par conséquent, la culpabilisation face à des « accidents » de contraception parait inutile sauf dans un esprit moralisant qui ne nous semble pas approprié de la part d’un Etat ou de tout autre autorité publique.

La prévention des grossesses non désirées est de la responsabilité des pouvoirs publics comme de la responsabilité individuelle. L’Etat peut (et devrait) agir à plusieurs niveaux :

  • au niveau de l’éducation à la sexualité
  • au niveau de l’accès à une contraception adaptée à chaque femme
  • au niveau de l’accès à la pilule du lendemain
  • au niveau de l’accès à l’avortement

L’individu, élevé de façon autonome, responsable et en possession de toutes les informations nécessaires doit pouvoir être aussi responsable de ses actes mais il serait utopique de faire reposer sur ses seules épaules les défaillances des 4 niveaux de prévention précédemment cités.

[1] Pensées, Blaise Pascal, éd. Gallimard (édition de Michel Le Guern), coll. Folio classique, 1977, fragment 397, p. 251